Dates à venir !

Les archives photographiques de Jean-Marie Périer fascinent, ne serait-ce que par le nombre de célébrités qui sont passées devant son objectif depuis la fin des années 1950, de l’âge d’or du jazz à l’émergence du Rock’n’Roll et de la pop anglaise, en passant par l’époque yéyé en France — dont il croira retrouver un peu de la légèreté et de la fantaisie quand, après un détour de dix ans par la réalisation de pubs à Los Angeles, il revient à la photo pour le magazine Elle dans les années 1990.

Né en 1940, Jean-Marie Périer connaît une enfance privilégiée. Fils de comédiens, il grandit dans un hôtel particulier de Neuilly où se réunit tout le milieu du théâtre et du cinéma français et américain. Louis Jouvet, parrain de sa mère, Yves Montand, grand ami de son père, ou encore Jean Cocteau et Jean Marais, qui habitent dans une péniche amarrée à deux pas, sont des figures du quotidien. La vie de noctambule devient vite sienne : cabarets et clubs du Quartier latin lui sont tous familiers, le portier le laisse entrer quand, enfant, il vient voir maman danser au Club Saint-Germain…

La photo, il y vient par dépit : c’est à la musique qu’il se voue — jusqu’à ce qu’il apprenne que celle-ci est le domaine attitré d’un certain « vrai père », dont il préfère taire le nom.

Il a seize ans quand le photographe Daniel Filipacchi le prend comme assistant à Jazz Magazine, le munit d’un Leica et l’envoie photographier Dizzy Gillepsie et Ella Fitzgerald à Juan les Pins. Et il n’est guère plus âgé que son lectorat quand il officie pour le magazine Salut les Copains à son retour d’Algérie (où il a servi pendant vingt-huit mois). Filipacchi lui donne carte blanche : « tout est possible, rien n’est interdit », du moment que ses photos déplaisent aux parents.

Le parcours de Jean-Marie Périer serait aujourd’hui improbable — même s’il se trouvait un Fellini pour dire « n’écoute pas tes professeurs, fais ce que tu as envie de faire », comme ce fut son cas lors d’un tournage avec son père à Rome. Aucun journal ne donnerait sa chance « comme ça » à un gamin, même « fils de ». Tout comme nombre de ses clichés n’auraient jamais vu le jour dans le monde actuel, avec ses services d’ordre, ses autorisations préalables, ses réglementations en tous genres, ses précautions, ses assurances et ses intermédiaires à rallonge. Peu de place pour l’improvisation, la spontanéité, l’instinct, et encore moins pour les idées folles, les idées « pour rire » :  impossible, cette photo du chanteur Antoine assis sur un fauteuil au milieu des Champs-Élysées – police et automobilistes indifférents ; impossible celle de Claude François, à Las Vegas en 1965, lui aussi assis au milieu de la chaussée à jouer aux cartes ; impossible cette longue promenade ponctuée de flash à travers le Bois de Boulogne pour désennuyer  John, Paul, Ringo et Georges.

À cette grande liberté de mouvement s’ajoute, pour les (rares) radios et télés de l’époque, une latitude budgétaire telle qu’il suffisait d’avoir l’idée d’entraîner Jacques Dutronc pour des séances-photos au Mexique, à Hong Kong ou à Bombay pour voir les photos imprimées.

Jean-Marie Périer a toujours refusé de se prendre trop au sérieux. Ces photos, pour lui, sont du pur spectacle. Mais il a l’œil, l’idée et le talent de la mise en scène ; et le don, incontestablement, de saisir la chance quand elle se présente, de gagner la confiance d’idoles pourchassées par les paparazzi, qui lui offraient volontiers leur amitié : Vartan et Hallyday l’invitent à les suivre en voyage de noces aux Canaries en 1965, les Beatles, bluffés par ses trois photos prises dans le noir lors de leur première séance-photo, lui confieront régulièrement leur image par la suite, James Brown, qui ne devait lui accorder qu’une heure de shooting, parce que sa tête lui revient, le garde à ses côtés plusieurs jours…

Témoin privilégié d’une époque-charnière dans l’histoire de la musique, et de l’Histoire tout court, ces photos immortalisent le visage d’une jeunesse insouciante. Derrière leurs couleurs pimpantes ou le noir et blanc des cabarets de nuit, elles parlent surtout d’un monde qui n’existe plus.

Photo : Gerry Mulligan à Juan-les-Pins en 1958. © Jean-Marie Périer