CÉLINE,

Louis Ferdinand Destouches


LETTRE AUTOGRAPHE SIGNÉE À KAREN MARIE JENSEN

Paris,

juin 1936.

2 pages in-4 (280 x 210 mm), à l’encre noire ; en-tête « 98 rue Lepic ».

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Description

Belle lettre contemporaine de la publication de Mort à crédit.

Chère Karen

Je me demande ce que vous devenez,

où vous êtes ? Tout cela est si

loin, votre départ… Je voudrais

vous raconter des choses joyeuses

et riantes et peppys ! Mais

je n’en ai pas beaucoup. Je

vais un peu mieux physiquement

après cet atroce effort. Mais hélas

mon livre est sorti dans un

épouvantable moment ! Vous savez

ce qui se passe ! De plus j’ai eu

une série de critiques détestables.. On

veut me faire payer cher le succès

du « Voyage » et surtout mon indépendance.

Je vais être obligé de quitter Clichy –

ma présence au dispensaire devient

impossible. Je ne crois pas aller

en Amérique. Cela coûte trop cher.

Je n’ai pas gagné grand’chose avec

mon livre. J’irai en Irlande ou

en Bretagne, peut-être en Norvège et

tout seul. J’ai assez de voir les

gens. Plus je suis seul, plus je

deviens impossible. Je le sais Karen.

Je vous aime bien et je vous

embrasse.

Louis.

[et dans la marge de gauche, en exergue, cet ajout :]

J’ai rencontré sur le Boulevard

Muriel et [?]

going to

Argentina !

Tout Céline est résumé, concentré dans cette courte lettre : sa mélancolie, ses rapports difficiles avec la médecine et le littérature, son complexe de persécution, son désir de fuite, l’Amérique et… le goût pour les danseuses ! Lorsqu’Elizabeth Craig présenta Karen Marie Jensen à Céline, l’écrivain songera un moment à donner à cette jeune danseuse danoise un rôle dans L’Église (pièce qui ne fut pas représentée). Céline garda le contact avec Karen et, au moment où il désespère de reconquérir Elizabeth, la rejoignit à Chicago, où elle était en tournée. Ils se revirent à Copenhague en 1935 et à Paris, avec Lucette Almanzor, en 1937. Plus tard, en 1945, Karen hébergera Céline et Lucette à Copenhague lors de leur arrivée au Danemark. Les lettres de Céline à Karen, entre amitié amoureuse et véritable amour – l’écrivain a entretenu, au moins un temps, l’idée de partager sa vie avec la belle danseuse –, « laissent exprimer sa pensée et ses émotions d’une façon extrêmement directe, [révélant], avec une rare clarté, le fond de sa sensibilité » (Colin W. Nettelbeck).

Références : Céline, Lettres à des amies, publiées par Colin W. Nettelbeck, Paris, Gallimard, 1979.

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